Nos motivations

La Côte d’Ivoire est le 1er producteur mondial de cacao (38% de la production mondiale) et un tiers de sa population en vit directement ou indirectement. Le cacao a nourri le « miracle » économique ivoirien des années 1970. Même s’il est toujours la première source de richesse de la Côte d’Ivoire, le cacao est aujourd’hui devenu synonyme de misère pour les paysans, d’épuisement des ressources naturelles (déforestation, sécheresse) et de travail des enfants dans les plantations et dans les villes.

Alors que le prix réel du cacao baisse depuis 1980, le prix du chocolat s’est envolé. Alors que le cacao est toujours produit dans les pays tropicaux, le chocolat est (presque… à 99% ?) toujours fabriqué dans les pays du Nord. Les multinationales qui achètent les fèves de cacao et les transforment en chocolat se comptent sur les doigts d’une main : l’états-unien Cargill (qui a racheté le néerlandais ADM – tous deux sont par ailleurs des géants du soja) et le suisse Barry Callebaut représentent ensemble plus de 50% des capacités mondiales de broyage du cacao.

 

Travail des enfants, misère des paysans et prix du cacao

Depuis 2000, des cas de traite et de travail forcé des enfants dans les plantations de cacao ivoiriennes et ouest-africaines ont été dénoncés au niveau international. Les pays producteurs et les multinationales du cacao se sont engagés à mener des actions de lutte contre ces phénomènes (sensibilisation, construction d’écoles et de centres de santé), mais non pas à offrir un prix stable et suffisant aux producteurs de cacao. Or il est établi que la cause du travail des enfants dans les plantations est la grande pauvreté des planteurs : face à l’effondrement du prix du cacao (77% en termes réels de 1980 à 2000, selon l’Organisation internationale du cacao – ICCO), ceux-ci ont remplacé leur main d’œuvre adulte salariée par une main d’œuvre familiale gratuite (leurs propres enfants) et par des manœuvres mineurs sous-payés ou même « esclaves ».

Mais ce phénomène n’est pas que rural : de plus en plus de petites filles (à partir de huit ans) sont envoyées des zones rurales vers la ville pour y travailler comme « petites bonnes » ou petites vendeuses ambulantes.Ces petites filles, souvent durement exploitées, s’échappent parfois de chez leur employeur et se retrouvent à survivre dans la rue par le biais de la prostitution. Or nombre de ces petites filles ont pour parents des planteurs de cacao, qui auparavant auraient eu les moyens de les scolariser, et qui aujourd’hui ont du mal ne serait-ce qu’à les vêtir et à les soigner.

Valeur ajoutée, transformation et consommation locales

Il faut savoir qu’au-delà des 600.000 familles de planteurs de cacao, c’est un tiers de la population ivoirienne qui vit directement ou indirectement du cacao, soit six millions de personnes. Le cacao est la première source de richesse de la Côte d’Ivoire (35% de la valeur des exportations ivoiriennes), et ce pays est le premier producteur mondial de cacao (38% de la production mondiale). Cependant, il n’y a pratiquement pas de consommation locale du chocolat ni de transformation locale du cacao en chocolat : seulement 20% des fèves sont transformées, et presque uniquement en produits semi-finis (pâte de cacao, beurre et tourteaux de cacao) pour l’exportation.

Ce qui signifie que la population ivoirienne se prive d’un aliment excellent (du point de vue gustatif et nutritif) mais aussi de la valeur ajoutée et de la création d’emplois qui vont avec la transformation.

Au Ghana (pays voisin de la Côte d’Ivoire et deuxième producteur mondial de cacao), il existe une petite industrie nationale de chocolat, qui a su créer son marché local. Au Cameroun, dans les régions productrices de cacao, il existe une tradition de fabrication artisanale du chocolat au sein des familles pour l’auto-consommation. En Amérique Latine (Bolivie, Equateur, Mexique, Antilles françaises…), les paysans et les familles transforment artisanalement le cacao, manuellement ou avec des machines rustiques. En Côte d’Ivoire, commencent à apparaître sur les marchés informels des produits chocolatés (poudre, pâte à tartiner) de mauvaise qualité car fabriqués à partir des déchets des industries du cacao, mais qui du fait de leur prix très abordable séduisent les consommateurs les plus pauvres.

Après avoir mené quelques recherches, nous avons fabriqué du chocolat à partir des fèves de cacao, dans un premier temps de manière presque entièrement manuelle en utilisant des ustensiles de cuisine, puis dans un second temps en portant des fèves torréfiées dans un moulin comme il en existe sur tous les marchés d’Abidjan ainsi que dans beaucoup de villages. Ces moulins sont utilisées par les femmes pour transformer leur maïs, leurs arachides, leur manioc, etc., en farines et pâtes qu’elles iront ensuite vendre sur les marchés.
Ces expériences nous ont permis de constater que la transformation artisanale du cacao est possible avec des machines disponibles en Côte d’Ivoire et non spécifiques au cacao.