Notre démarche

« Small is beautiful » :
Une petite unité de transformation artisanale pour un chocolat rustique

Depuis janvier 2009, nous mûrissons ce projet et menons l’enquête. En Côte d’Ivoire, nous avons rencontré des coopératives de planteurs de cacao, des organisations d’appui aux planteurs (en particulier FLO-Max Havelaar), des exportateurs et des industriels. En France, nous avons également rencontré des acteurs de l’économie équitable ou du cacao : chocolatiers et connaisseurs du milieu, petites chocolateries indépendantes, entreprises de commerce équitable et d’appui technique aux paysans et artisans du Sud, artisans et paysans ayant adopté des techniques « socialement adaptées » (simples, peu coûteuses, faibles volumes, haute qualité), etc.

La démarche de Yêrê résulte de certaines exigences :

Une économie équitable au Nord comme au Sud

Les coopératives de planteurs rêvent de transformer leurs produits car elles sont en quête d’autonomie face aux multinationales. Dans ce sens, le Commerce Equitable pratiqué par FLO – Max Havelaar n’est pas suffisant car, en certifiant les multinationales, FLO les conforte comme maîtres du marché conventionnel et équitable.

C’est pourquoi Yêrê s’inscrit dans la démarche de l’association MINGA : une économie équitable au Nord comme au Sud. C’est une approche « filière », dans laquelle l’équité ne correspond pas seulement au prix payé au producteur de matières premières au Sud, mais exige l’examen des pratiques tout au long d’une filière (producteurs au Nord comme au Sud, transporteurs, transformateurs, distributeurs, etc.). Cette approche exige en particulier l’autonomie face aux mastodontes de l’économie conventionnelle (grande distribution, multinationales de la transformation, etc.), la transparence sur la répartition des marges entre les acteurs d’une filière et un système de garantie participative. C’est également une approche militante pour la relocalisation de l’économie, la protection de l’environnement et la souveraineté des peuples.

Reproductibilité et diffusion de savoir-faire

Les machines de transformation du chocolat auprès des fournisseurs classiques sont faites pour des volumes industriels pour des investissements de plusieurs millions d’euros. Pour une ligne de production de volumes moyens, il faut dénicher les rares fournisseurs (un en Equateur, un en Espagne), mais cela reste cher. D’après les acteurs rencontrés, les unités de transformation de ce genre, qui ont été mises en place dans les pays producteurs dans l’idée de produire pour le marché international en rentrant en compétition avec les tablettes industrielles conventionnelles ou même de Commerce Equitable, tendent à échouer. En effet, les tablettes industrielles sont toujours moins chères à produire, sont généralement plus adaptées au goût du consommateur et ont une réputation acquise de longue date.

Il nous a donc semblé inutile de faire de lourds investissements, ou de pousser des coopératives à le faire. Les machines disponibles localement et non spécifiques au cacao avaient l’avantage d’être peu coûteuses et de constituer une technique reproductible par d’autres. Elles favoriseraient donc la consommation locale et la diffusion du savoir-faire de la transformation, comme dans les pays latino-américains.

Elles permettraient également de faire de l’unité de transformation une école d’apprentissage sur le tas pour des femmes, qui pourraient ensuite s’installer comme transformatrices et commerçantes de chocolat artisanal sur les marchés urbains ou ruraux, cela en utilisant les moulins qui existent sur tous les marchés ivoiriens. D’autres personnes pourraient aussi s’y former, comme les paysans et leurs coopératives.

Des produits finis rustiques

Nous avons renoncé à produire des produits semi-finis (pâte de cacao) en volumes moyens pour fournir des chocolateries françaises, car cela demande de s’aligner sur les standards industriels (donc des machines spécifiques au cacao), en prenant de gros risques et pour de faibles marges. Il fallait donc produire un produit fini en direction des consommateurs finaux. Nous avons renoncé à la tablette de chocolat fin classique : elle exige un type d’emballage non disponible en Côte d’Ivoire et a un coût énergétique important car elle nécessite une réfrigération constante en Côte d’Ivoire. En France, nous avons constaté deux tendances du marché : d’un côté le luxe et les « cacaos grands crus » d’Amérique Latine, et de l’autre des produits innovants valorisant des saveurs et des présentations artisanales, rustiques, naturelles et écologiques. C’est sur ce dernier créneau que nous nous positionnons.